Dossier
Patrimonialiser l’habiter : quels usages deviennent-ils patrimoine ?
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Pour citer cet article :

Boissenin, Lucie, « À la recherche du village idéal. Lecture croisée de deux projets de réhabilitation en France et en Italie », dossier « Patrimonialiser l’habiter : quels usages deviennent-ils patrimoine ? », 14 janvier 2020, www.reseau-lieu.archi.fr/a41

À la recherche du village idéal
Lecture croisée de deux projets de réhabilitation en France et en Italie

Par Lucie Boissenin
Architecte, Lucie Boissenin est doctorante en architecture et sciences territoriales chez LabEx (...)

Parmi les différents aspects de la patrimonialisation, la présente contribution explore les liens entre l’imminence de la perte – « le sentiment d’urgence qui a toujours accompagné la conscience patrimoniale » (Poulot, 2006) – et la réaction du collectif, en particulier lorsqu’il s’agit d’un patrimoine bâti et que cette réaction implique un projet d’architecture.
Il est proposé de mettre en regard deux situations, l’une en France, l’autre en Italie, où des collectifs portent un projet de revitalisation d’un bourg partiellement ou totalement à l’abandon. Pour surmonter les obstacles, les groupes initialement porteurs de ces dynamiques s’élargissent, accueillent de nouveaux acteurs avec leurs propres motivations et idéaux. Parmi les intentions exprimées par le collectif élargi s’observe une récurrence des références faites à l’idéal villageois : il souhaite retrouver un village animé, avec une mixité sociale, des désaccords et des échanges, etc. Il semblerait alors que, au-delà d’une patrimonialisation du bâti, se joue dans ces lieux une patrimonialisation du village comme fait social et comme mode de vie, en voie de disparition ou peut-être déjà disparu.

Introduction
Cet article est réalisé dans le cadre d’une thèse de doctorat en architecture et sciences territoriales, analysant les effets des projets d’architecture relatifs au patrimoine bâti sur les processus de développement territorial. Si la patrimonialisation n’est pas l’objet principal de la recherche, elle se retrouve en filigrane de chaque projet étudié, en France et en Italie. Il a été fait le choix, pour la rencontre annuelle du réseau LIEU, d’extraire en particulier deux éléments de corpus, qui ont en commun d’être deux réhabilitations d’une partie conséquente d’un village. L’objectif est de comprendre, dans ce cas, quelles sont les motivations qui poussent un collectif d’acteurs à agir pour la sauvegarde et la réhabilitation de ces lieux. Cela revient à questionner l’objet même du processus de patrimonialisation : est-ce le bâti, ou l’habiter, qui présente le plus de valeur aux yeux du collectif et l’invite à se mobiliser ?
I. Patrimonialiser le village : cadre théorique
On peut considérer la patrimonialisation comme « la manifestation d’une sensibilité à l’égard d’un héritage considéré comme collectif, dont la reconnaissance, la conservation et la transmission sont continûment et de façon constitutive problématiques » (Tornatore, 2007, p. 2). Cette sensibilité se manifeste généralement suite à un « élément déclencheur » (Veschambre, 2007, p. 2) qui vient mettre en péril un héritage. Un groupe d’individus, pris par un « sentiment d’urgence » (Poulot, 2006, p. 1), décide alors d’agir en faveur de la sauvegarde de cet objet. La réaction du collectif peut prendre différentes formes : une demande de labellisation, des événements de sensibilisation, la production d’une documentation, le lancement d’une collecte de fonds, etc.
En particulier, cet article s’intéresse aux processus de patrimonialisation portant sur des objets bâtis, et à la réaction du collectif lorsqu’elle implique un projet d’architecture. En effet, lorsqu’un édifice ou un groupe d’édifices est menacé, la réaction qui s’organise peut mobiliser le projet d’architecture pour redonner à l’objet menacé une nouvelle occupation, et ainsi pérenniser son existence, même si cela implique des transformations, des altérations de l’objet initial. Cela constitue une des particularités de patrimoine bâti par rapport aux autres formes de patrimoine culturel. L’architecture est composée d’une dimension matérielle et d’une dimension immatérielle. D’une part, on trouve la forme physique de l’édifice, sa structure et son enveloppe, qui résultent d’un mode de construction, d’une esthétique, d’une composition des volumes selon des choix opérés en un lieu et en un temps donné. D’autre part, cette réalité physique abrite une occupation des lieux et induit des usages, une certaine pratique de l’espace. Patrimonialiser un objet architectural, cela peut traduire une volonté de préserver tantôt la réalité physique, tantôt la pratique du lieu – même si le maintien de l’intégrité physique de l’édifice est souvent une condition essentielle pour le maintien des usages.

En particulier, il a été choisi de traiter ici la question du village. Il persiste aujourd’hui un imaginaire collectif autour de cette figure, intimement lié à l’imaginaire de la campagne, comme un lieu dans lequel il fait bon vivre. « C’est qu’en effet on peut en mettre des choses sous ce mot si généreux : la vie simple et paisible d’autrefois, le cadre de vie en harmonie avec le cours des saisons, la nature tranquille à portée de main, l’interconnaissance et la sociabilité villageoise […] » écrit en effet André Micoud à propos de la campagne (Micoud, 2011, p. 79). Pourtant, les campagnes, ou plutôt les espaces dans lesquels était dominant un mode de vie paysan, ont été l’objet de grandes mutations depuis cinquante ans et sont devenus des territoires d’une grande diversité, si bien qu’on parle aujourd’hui communément « des ruralités » (Rieutort, 2012 ; Mora, 2008). On peut alors aisément imaginer que le village revêt des formes différentes : du pavillonnaire en bordure d’une grande agglomération, au bourg alpin difficilement accessible, en passant par le village provençal « carte postale ». A ce sujet, Jean-Pierre Le Goff parle de « la Fin du Village » dans son ouvrage éponyme (Le Goff, 2012) où il expose les mutations d’un village du Vaucluse des années 1960 aux années 2010. Il y décrit notamment une série de conflits entre anciens et nouveaux habitants, dus à un écart de représentations de cet espace rural au départ – les néo-ruraux apportant avec eux leur imaginaire collectif et découvrant parfois la réalité avec stupeur. A l’inverse, même les habitants « autochtones » intègrent cet imaginaire collectif et produisent une certaine « folklorisation » de leurs propres fêtes et traditions, pour attirer les touristes.
Cela traduit l’importance de la question de la représentation des villages dans les processus d’évolution de ceux-ci. Les habitants et les visiteurs projettent sur les villages leur propre imaginaire et les transformations effectives résultent des conflits et des compromis qui se tissent entre ces différentes visions. Dans ce cadre, il apparaît pertinent de questionner l’importance de cette représentation idéalisée au sein des collectifs portant des projets de réhabilitation de village. Il sera essentiel pour cela de retracer, dans un premier temps, l’histoire des deux villages choisis et l’origine du projet architectural, afin de faire émerger, ensuite, les motivations des acteurs en mots et en actes et identifier ce qui les pousse à agir et donc, quel est réellement l’objet du processus de patrimonialisation.
II. Celles et Cairano, renaissance de deux villages.
Cairano est un village de la Province d’Avellino – aussi appelée Irpinia – dans le sud de l’Italie. Sa population est passée d’environ 1400 habitants dans les années 1950 à 300 aujourd’hui (2018), soit une perte de plus de mille habitants. Cela est équivalent aux villages de cette partie de l’Irpinia, en altitude, éloignés les uns des autres et reliés aux axes de communication principaux par des routes peu entretenues. Cependant, cette commune étant peu peuplée au départ, l’émigration et le vieillissement de la population prennent ici une dimension plus évidente. Il convient de préciser également que l’Irpinia est une zone sismique et a subi une succession de tremblements de terre au XXe siècle (1930, 1962 et 1980) dont les conséquences en termes de destruction et reconstruction sont visibles dans le paysage.
En 2008, un collectif de personnes extérieures au village, principalement des penseurs et des artistes originaires de la Province, se constitue « Communauté Provisoire » et décide de se retrouver, périodiquement, à Cairano. Il organise une fois par an, pendant une semaine, l’événement Cairano 7x, qui consiste en une série d’activités, tous publics, dans des domaines variés tels que la construction, le théâtre et la danse, le jardinage, les courts métrages, destinés à repeupler « provisoirement » le village. Les participants, les visiteurs, logent sur place dans les maisons vacantes du bourg. L’objectif est à la fois de créer de l’animation culturelle dans ce village isolé et de révéler ses qualités de vie et les possibilités créative qu’il peut offrir à des visiteurs afin, peut-être, de susciter chez eux une envie de revenir, voire de s’installer à Cairano. Ces événements sont organisés grâce au soutien de la municipalité mais également d’un mécène, « enfant du pays » qui a fait carrière dans le monde du spectacle et qui, constatant le succès de l’événement Cairano 7x , a décidé d’y installer une école des métiers du théâtre.
A la fin des années 1990, un projet de restauration avait été esquissé par un architecte et le maire, pour la partie supérieure du village, la plus abandonnée, qui coïncide aussi avec le noyau historique de Cairano. Retravaillé avec cette nouvelle destination d’usage d’un lieu de formation et des commodités nécessaires au séjour d’étudiants dans le village, le projet obtient un financement régional en 2014 et les travaux démarrent presque aussitôt. En juillet 2018, les bâtiments restaurés sont livrés et en septembre, le premier « workshop » inaugural de l’école de théâtre a eu lieu, avec une cinquantaine de participants.

Celles est un village sur les bords du lac du Salagou, dans l’Hérault, en France. Il a été entièrement exproprié dans les années 1960 dans le cadre de la construction d’un barrage. Face à la crise viticole, le département encourage à l’époque la reconversion vers une agriculture maraîchère et cela nécessite de plus grands besoins en eau. Le hameau de Celles et ses différents lieux-dits étaient donc destinés à disparaître, submergés. La mise en eau était programmée en deux phases, d’abord l’élévation du niveau d’eau jusqu’à la côte 139 puis 150. Le hameau principal de Celles est à 143m d’altitude (Figure 1). On a réalisé d’abord la première phase. Puis, les apports en eau se sont révélés suffisants et la seconde phase n’a jamais été mise en œuvre. Celles est resté hors d’eau. Le village reste bien présent, même si les habitants ont démarré une nouvelle vie ailleurs. Une poignée de personnes, une « minorité agissante » s’organise alors autour du maire de l’époque et se bat dès l’expropriation pour maintenir le statut de commune et assure un entretien des bâtiments communaux (non expropriables). Le but est de repeupler un jour le hameau. En 1992, Celles retrouve définitivement son statut de communes ; en 1996, le niveau d’eau est définitivement fixé à la côte 139, levant ainsi la menace de submersion. Une nouvelle équipe municipale se forme, autour de la fille de l’ancien maire, d’anciens habitants et de personnes intéressées par l’histoire du village, et commence à envisager un projet concret de revitalisation. Le département est toujours propriétaire d’une grande partie du hameau à l’époque, et le groupe lui soumet de nombreuses propositions, qui ne parviennent toutefois pas à remporter l’adhésion de la collectivité. Finalement, en 2011, l’Hérault cède pour l’euro symbolique les bâtiments de Celles à la commune et cela redonne un élan au projet. En 2017, après de nombreuses études, des ateliers de réflexion, l’embauche d’une personne en contrat aidé par l’Etat et le travail bénévole d’un architecte, un appel à « projet de vie » est lancé ; l’équipe municipale de Celles recrute enfin les futurs habitants du hameau. L’ambition est clairement affichée : ne seront acceptées que les personnes qui déclareront faire de leur maison à Celles leur résidence principale et qui auront un projet d’activité professionnelle non touristique sur place. L’équipe municipale, en effet, souhaite à tout prix éviter que le village ne devienne un haut-lieu du tourisme, vivant seulement quelques mois par an. La commune souhaite garder la propriété de tous les bâtiments pour éviter la spéculation et attribuer les différentes maisons par le biais de de prêts à l’usage. Début 2019, une partie des futurs habitants a été sélectionnée et les travaux d’assainissement du village ont démarré.

Image 1 : Le lac du Salagou au pied du hameau de Celles. Photographie personnelle, 2018.
III.Le projet d’architecture, fin ou moyen ?
Il a été établi, au cours de la thèse, un schéma-type des projets de réhabilitation du patrimoine bâti par des collectifs (Figure 2). En passant à travers ce filtre les deux récits de projet présentés ci-dessus, il apparaît que le projet d’architecture s’intègre, généralement, dans un projet collectif plus large qui conduit parfois à faire évoluer les intentions des acteurs et leurs objectifs finaux

Schéma-type (simplifié) du processus des projets de réhabilitation porté par des collectifs. (Réalisé par l’auteur)
1. Les intentions de départ : ce qui est menacé

Lorsqu’à la fin des années 1990, le maire de Cairano et un de ses amis, architecte, esquissent un projet de restauration pour le village haut, l’intention de sauvegarde du bâti prédomine. Il est nécessaire de préciser que vingt ans se sont écoulés depuis le séisme destructeur de 1980 et la reconstruction a fait la part belle à la construction neuve et au béton armé. Certains centres anciens ont été détruits, par la catastrophe ou par la phase de reconstruction, et les communes qui possèdent encore un noyau historique – relativement préservé, bien qu’à l’abandon – commencent à prendre la mesure de la rareté de ce patrimoine. L’intention est alors de sécuriser les lieux, éviter qu’ils ne se dégradent davantage par le manque d’entretien et les aléas climatiques, puis restaurer pour conserver la trace urbaine et le gabarit des édifices, hérités des siècles. On est ici en présence d’une patrimonialisation du bâti clairement énoncée.
A Celles, la question du bâti n’est pas présente dès le début. Dans les années 1960, l’expropriation est violente et représente un traumatisme, mais la compensation financière et le relogement de certaines familles a constitué une amélioration de leur qualité de vie. Les intentions de la « minorité agissante » regroupée autour du maire de l’époque sont plutôt orientées vers une forme de militantisme : il s’agit d’ « une revanche sur l’histoire », l’idée est de se battre jusqu’à pouvoir reconquérir le village, reprendre possession des terres et des bâtiments. On pourrait parler ici davantage d’une patrimonialisation de l’habiter, de la pratique du lieu.
2. L’arrivée de nouveaux acteurs et la mutation des objectifs du projet
Pour les deux projets, une phase d’élargissement des acteurs est nécessaire pour voir réunies les conditions de réalisation du projet porté par le collectif : trouver le soutien politique et financier, obtenir la propriété et les autorisations nécessaires etc.
A Cairano, de manière indépendante au projet architectural, naît et se développe l’association « Communauté Provisoire » qui a comme intention l’animation culturelle, la création d’un espace d’expression pour les habitants et ceci dans une tentative de revitalisation de ce village isolé. Le succès des événements, l’émergence du projet de l’école de théâtre viennent progressivement à la rencontre du projet d’architecture, notamment par le biais de l’architecte qui est également un membre actif de l’association culturelle. D’une mémoire urbaine à préserver, le village haut de Cairano devient le « contenant » potentiel des projets culturels et de formation du collectif. Le projet d’architecture s’enrichit de cette rencontre d’objectifs qui semblent pouvoir se compléter et cela constitue peut-être d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle le projet obtient finalement un financement régional.
A Celles, réunir les conditions du projet requiert plusieurs décennies, ce qui implique nécessairement un renouvellement des acteurs du collectif et notamment de l’équipe municipale. Lorsqu’en 1996, Celles est officiellement sauvée des eaux, un nouveau collectif travaille à l’élaboration d’un projet de revitalisation, sans qu’aucun de ses participants n’envisage pour autant de s’installer à Celles si le projet aboutit. Le groupe est guidé par un autre objectif : face à la transformation drastique et irréversible de certains villages avec la montée du tourisme , Celles apparaît comme une opportunité de concevoir « un projet différent », une alternative au tout tourisme où l’on vivrait toute l’année. La « revanche sur l’histoire », devient une revanche sur le projet économique de la région et l’on souhaite plutôt à Celles le retour d’un idéal villageois, très présent dans le discours des acteurs impliqués dans le projet. Un futur habitant explique que pour lui « le village, c’est le village d’Astérix, avec la bataille et le banquet », afin de justifier pourquoi il souhaite vivre dans un endroit où il y a de la mixité sociale et intergénérationnelle, et donc possiblement des désaccords. « Dans un village, il y a toujours des gens que tu n’as pas envie de croiser », ajoute-t-il, tandis qu’une élue de Celles parle du projet comme une « revitalisation en vrai village, c’est-à-dire des habitants toute l’année, des activités non liées directement au tourisme, et des activités humaines soucieuses de l’environnement ».
A Celles comme à Cairano, les nouveaux acteurs rejoignant progressivement le collectif apportent avec eux leurs intentions et leurs idéaux et cela fait évoluer les objectifs du projet. Ici, les deux exemples convergent : ce que souhaite le collectif, c’est retrouver un village « habité ».
3. La réalisation du projet architectural
Dans ce cadre, il apparaît que le projet architectural n’est plus la (seule) finalité du projet collectif. A Cairano, cela apparaît clairement si l’on juxtapose la photographie prise avant les travaux et celle prise après (Fig.2). L’architecte a pris un certain nombre de liberté par rapport aux préexistences : destruction d’un étage et ajout d’un autre sur le bâtiment adjacent ; création de nombreuses ouvertures, minéralisation de la place ; ce qui nous renseigne sur le fait que ce bâti n’était pas (ou n’est plus) l’élément central du projet. De plus, lorsque le projet est livré en 2018, les acteurs associatifs ainsi que le mécène portant le projet de formation, ne cessent pas pour autant leurs activités, considérant l’objectif atteint. Au contraire s’instaure une forme de relais.
Les espaces sont prêts à accueillir les nouvelles initiatives, à leurs instigateurs à présent d’agir en ce sens.

Image 2-3 : La place de « l’Odéon » de Cairano, avant les travaux et en phase de chantier avancé. En haut, photographie Verderosa Studio, 2014 ; en bas, photographie personnelle, 2018.
A Celles, le projet architectural n’apparaît nécessaire que parce que l’action du temps a eu raison de la solidité des habitations, désormais abandonnées depuis près de cinquante ans. L’équipe municipale accorde davantage d’importance au recrutement de personnes qui partagent leur vision, et la question de la transformation du bâti arrive en second plan. Elle prend de l’importance seulement depuis que l’architecte bénévole a rejoint l’équipe. En effet, celui-ci assure la rédaction du Plan Local d’Urbanisme de la commune, et affirme vouloir donner une coloration « vernaculaire » au PLU : interdiction d’utiliser des fenêtres en PVC et des pergolas en bois, obligation d’utiliser la lauze en toiture, etc. De la même manière, a été fait l’inventaire des « éléments patrimoniaux remarquables identifiés comme caractéristiques de la typologie rurale locale » que les futurs habitants devront conservés, et à l’inverse les éléments qu’ils peuvent se permettre de modifier. Sous l’impulsion de cet acteur, on peut désormais déceler une forme de patrimonialisation du bâti.
Conclusion
Au départ de ces deux projets, la mobilisation des acteurs se fait autour d’un village menacé de disparition, dans sa forme physique et/ou dans la pratique des lieux. Afin de permettre sa sauvegarde et sa réhabilitation, le groupe initial va devoir s’élargir pour regrouper les compétences et les fonds nécessaires au projet. S’agrègent alors les intentions et les idéaux de chaque nouveau participant au collectif. Le projet architectural, la patrimonialisation du bâti, deviennent alors presque secondaires. On ne peut pas dire non plus qu’il s’agisse d’une patrimonialisation de l’habiter, car ce n’est pas la pratique de ce lieu en particulier que l’on cherche à préserver, mais plutôt celle d’un village idéal, qui géographiquement pourrait se trouver ailleurs. En effet, si les intentions des acteurs sont différentes, une motivation unique les réunit, celle de voir le village repeuplé, vivant. Peut-on parler alors, d’une patrimonialisation de l’idéal villageois ?

Image 4 : Cairano 7x, un événement annuel pour ré-habiter le village" image extraite de l’affiche publicitaire pour l’édition 2014, © Cairano 7x

Bibliographie :
LE GOFF, Jean-Pierre, 2012. La fin du village : Une histoire française. Paris : Gallimard. 582 p. ISBN 978-2-07-077442-5.

MICOUD, André, 2011. « Eternelles campagnes  ? ». In : Ecologie & politique. 1 juillet 2011. n° 26, p. 75‑87.

MORA, Olivier (dir), 2008. Les nouvelles ruralités en France à l’horizon 2030 [en ligne]. Paris : INRA - Nouvelles ruralités. Disponible sur : < file :///C :/Users/boissenin.l/Downloads/INRA_NouvRuralites_rapport.pdf >

POULOT, Dominique, 2006. « De la raison patrimoniale aux mondes du patrimoine ». In : Socio-anthropologie [en ligne]. 15 octobre 2006. n° 19. Disponible sur : < http://journals.openedition.org/socio-anthropologie/753 > (consulté le 28 janvier 2019).

RIEUTORT, Laurent, 2012. « Du rural aux nouvelles ruralités ». In : Revue internationale d’éducation de Sèvres. 1 avril 2012. n° 59, p. 43‑52. DOI 10.4000/ries.2267.

TORNATORE, Jean-Louis, 2007. Les formes d’engagement dans l’activité patrimoniale [en ligne]. [s.l.] : [s.n.]. Disponible sur : < https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00122998/document > (consulté le 21 juillet 2017).

VESCHAMBRE, Vincent, 2007. « Le processus de patrimonialisation  : revalorisation, appropriation et marquage de l’espace ». In : [en ligne]. novembre 2007. Disponible sur : < http://cafe-geo.net/wp-content/uploads/processus-patrimonialisation.pdf > (consulté le 13 mars 2017).

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