Dossier
Patrimonialiser l’habiter : quels usages deviennent-ils patrimoine ?
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Pour citer cet article :

Bielawski, Mathilde, « Le menzel et le houch.. Un mode d’occupation du sol et d’habitat patrimoine culturel matériel ou patrimoine culturel immatériel ? », dossier « Patrimonialiser l’habiter : quels usages deviennent-ils patrimoine ? », 14 février 2019, www.reseau-lieu.archi.fr/a39

Le cas de l’île de Djerba
Le menzel et le houch.
Un mode d’occupation du sol et d’habitat patrimoine culturel matériel ou patrimoine culturel immatériel ?

Par Mathilde Bielawski
Mathilde Bielawski est doctorante en anthropologie à l’Université Lumière Lyon 2 au Laboratoire d’Anthropologie des Enjeux (...)

Résumé
Dans ce texte, il est question d’aborder les notions de patrimoine culturel matériel et patrimoine culturelle immatériel à travers la définition d’un mode d’occupation du sol et d’habitat de l’île de Djerba en Tunisie, le menzel et le houch. Ce mode d’occupation du sol est considéré par les membres de l’Association pour la sauvegarde de l’Île de Djerba (Assidje) comme étant représentatif d’un patrimoine culturel « exceptionnel » et « universel ». C’est à travers ce critère que l’île a été placée sur la liste indicative des biens matériels proposées par l’Etat tunisien pour une possible inscription à l’Unesco.
Néanmoins, il s’agit d’un mode de vie et d’habitat qui est en mutation, et d’autant plus depuis les années 60 lorsque le tourisme de masse a fait son entrée sur ce territoire insulaire. Il est possible de remarquer que le menzel, une exploitation agricole, tend à disparaitre du paysage rural ; et que le houch, ce qui était « traditionnellement » l’habitat de la famille élargie, selon les membres de l’Assidje, se voit remplacé par des habitations plus « modernes », spacieuses, et ne voyant plus les différentes générations de la famille cohabiter ensembles. Cependant, même si le houch, change d’aspect architectural et n’est plus construit avec les matériaux utilisés de façon « traditionnelle », chez certaines familles le mode d’occupation de l’espace que représente le menzel est toujours respecté. Les techniques et savoir-faire relatif à ce mode de vie sont perpétués.
Pour les besoins du dossier d’inscription à l’Unesco, l’Assidje a envoyé sur le terrain une équipe composée de deux architectes et une conservatrice du patrimoine. Leur travail était de réaliser un inventaire de menzel et de houch pouvant justifier la valeur « universelle » et « exceptionnelle » de ce dit « patrimoine ». Ce que l’on peut remarquer à propos de cet inventaire, est qu’il est basé sur des critères architecturaux très techniques renvoyant à la matérialité du bien patrimonial. Et que la plupart des menzels et des houchs sélectionnés ne sont plus habités, ou leurs habitants pratiquent peu voire ne pratiquent plus les techniques et savoir-faire relatif à ce mode de vie.
La dimension sociale de ce mode d’occupation du sol a été mise de côté, or celle-ci est respectée dans beaucoup de menzels et houchs qui ont été reconstruits avec des matériaux dits « modernes ». Il s’agit surtout de menzels se trouvant dans la localité Sud-Ouest de l’île, dans les villages à dominance berbère et ibadite de Guellala et Sedouikech. Ces derniers n’ont pas été sélectionnés car ne correspondaient pas aux critères architecturaux choisis par les architectes pour les besoins du dossier d’inscription.
A partir de ces observations, nous pouvons poser les questions suivantes : Est-ce que cette inscription tend à avoir lieu sur la liste du patrimoine matériel, immatériel ou des biens mixtes ? Est-ce juste l’aspect architectural de cet habitat qui se voit être reconnu comme patrimoine de l’humanité ; ou le mode de vie lié au mode d’occupation du sol considéré comme spécifique par les membres de cette association ? Ce sont ces questions que les membres de l’Assidje se sont posés dernièrement entre eux. La question de la matérialité et de l’immatérialité du « patrimoine djerbien » leur demande une réflexion continue sur la définition de sa « valeur universelle exceptionnelle ».

Les deux architectes et la conservatrice du patrimoine en train d’effectuer l’inventaire d’un menzel et d’un houch « traditionnels ». Photo © Mathilde Bielawski

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