Dossier
Patrimonialiser l’habiter : quels usages deviennent-ils patrimoine ?
Imprimer Envoyer par email Facebook Twitter
Pour citer cet article :

Dutrueil, Jean-Michel, Kaddour, Rachid, « Firminy-Vert.. L’habiter au cœur de contradictions entre patrimonialisation et renouvellement urbain », dossier « Patrimonialiser l’habiter : quels usages deviennent-ils patrimoine ? », 14 février 2019, www.reseau-lieu.archi.fr/a32

Firminy-Vert.
L’habiter au cœur de contradictions entre patrimonialisation et renouvellement urbain

Par Jean-Michel Dutrueil, Rachid Kaddour
Jean Michel Dutreuil est architecte et urbaniste, enseignant-chercheur à l’ENSA de St-Etienne. (...)
Rachid Kaddour, docteur en géographie et aménagement de l’espace, est maître de conférences associé à l’ENSA de Saint-Etienne (...)

Résumé
Avec l’élection en 1953 du maire Eugène Claudius-Petit (ancien ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme), la ville industrielle de Firminy (Loire) connaît des opérations de modernisation de son cadre bâti. La plus connue est la construction du grand ensemble de Firminy-Vert, dessiné par des architectes du mouvement moderne (J. Kling, M. Roux, A. Sive, C. Delfante). Aux 1 070 logements construits s’ajoutent des équipements, certains signés Le Corbusier (Maison de la Culture, stade et église) et André Wogenscky (piscine). Une unité d’habitation est également réalisée (1967), dans le cadre d’un second plan d’urbanisme inachevé qui devait en comprendre trois, parmi d’autres édifices. L’opération vise à faire face à une crise du logement qui frappe durement la ville : comme dans l’ensemble de l’agglomération stéphanoise, les taux de surpeuplement et d’insalubrité sont parmi les plus élevés de France.
Depuis le milieu des années 1980, Firminy-Vert connaît un processus de patrimonialisation, avec la mise en place d’un dispositif de protection conséquent et vraisemblablement unique pour un grand ensemble : une ZPPAUP (devenue AVAP) pour l’ensemble de l’opération est venue s’ajouter aux classements des bâtiments attribués à Le Corbusier et Wogenscky. Les prescriptions associées invitent à se rapprocher de l’état initial lors de chaque intervention sur le bâti.
Une mise en tourisme est également en œuvre (20 000 visiteurs annuels ces dernières années), principalement autour de la figure de Le Corbusier (toutes ses réalisations sont visitables), plus secondairement pour Firminy-Vert dans son ensemble. Les différents supports de médiation culturelle produits à destination des visiteurs convergent pour tenir le récit d’un grand ensemble emblématique de l’habiter moderne, élaboré suivant les principes de la Charte d’Athènes et apportant à sa livraison un confort en opposition avec la ville ancienne, surnommée « Firminy la noire », et une forme nouvelle de vivre-ensemble. Récit et protection se rejoignent ainsi pour, in fine, impliquer la patrimonialisation d’une forme d’habiter associée à l’aménagement initial.
Toutefois, en plein contexte de décroissance économique et démographique, et avec près de 15 % de vacance à Firminy-Vert, l’OPH de Firminy souhaite conduire des interventions, mises en œuvre dans des contextes similaires, d’adaptation du parc à la nouvelle taille de la ville (démolition) et à des attentes contemporaines d’habiter. Les locataires (partis ou potentiels) qui se détournent de cet ensemble évoquent en effet des problèmes d’accessibilité, d’acoustique, de surface, de sécurité ou de rapports à l’extérieur.
Les interventions d’amélioration impliquées par ces reproches, possiblement lourdes, sont rendues difficiles voire impossibles par les prescriptions. Devant ces impasses, et au regard du taux de rotation important, la pérennité de l’ensemble est menacée. En mobilisant la question de l’habiter de manière aussi extrême (habiter moderne vs habiter contemporain), Firminy-Vert pose ainsi de manière particulièrement heuristique la question des tensions entre patrimonialisation et transformations urbaines et architecturales.

Firminy-Vert vu depuis le toit terrasse de l’Unité d’habitation Le Corbusier
Arnaud Frich @ FLC / ADAGP

Dossier

De la trace au patrimoine

Acteurs et enjeux de la patrimonialisation d’un quartier d’immigration auto-construit à Marseille
Par Karine Basset
Le cas de l’île de Djerba

Le menzel et le houch.

Un mode d’occupation du sol et d’habitat patrimoine culturel matériel ou patrimoine culturel immatériel ?
Par Mathilde Bielawski

À la recherche du village idéal

Lecture croisée de deux projets de réhabilitation en France et en Italie
Par Lucie Boissenin

Le label pour le bain

Patrimonialisation par l’usage dans un grand ensemble d’habitations collectives à Toulouse
Par Audrey  Courbebaisse

Communs et ville : patrimonialisation ou métissage socio-politique ?

Par Maria Francesca De Tullio, Giuseppe Micciarelli

Firminy-Vert.

L’habiter au cœur de contradictions entre patrimonialisation et renouvellement urbain
Par Jean-Michel Dutrueil, Rachid Kaddour

Nemausus, patrimonialisation d’une architecture vécue

Par Anne Debarre

« A true parisian chambre de bonne »

Par Deborah Feldman

Légitimer par le patrimoine.

Les communautés denses historiques dans la métropole de Bangkok
Par Fanny  Gerbeaud

Les pratiques de réparation spontanées durant la guerre du Liban.

Vers un nouveau récit du bâti de la ville de Beyrouth
Par Mazen  Haidar

Habiter dans une maison Castor.

Une patrimonialisation difficile
Par Noël Jouenne

Le rôle des réseaux sociaux dans l’identification du patrimoine domestique libanais

Par Christelle Lecœur

L’utile ou le beau.

Les valeurs exclusives du patrimoine habité au XXIe siècle
Par Sandra Parvu

Habitat en Lutte

Représentations du droit à la ville dans le Musée Historique National du Brésil
Par Leandro Peredo

L’habitat rural traditionnel khmer.

Une patrimonialisation difficile par les populations du Cambodge
Par Sébastien  Preuil

Chikan : un district, deux contes.

Revitalisation d’une tradition religieuse locale et régénération d’un quartier de l’ancienne concession française à Zhanjiang, Chine
Par Shanshan Zheng